A l'ombre de l'Espoir
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AOE  Projet #2 - Vive l'École !
Notre second projet.
Les mineurs
Les mineurs ©AOE

Comment est né ce projet ?

Parmi les requêtes que nous recevons en prison, l’une d’entre elles m’a particulièrement retenue : celle modestement formulée par la Sœur P. La Sœur P. est une des ‘mamans’ des prisonniers. En vérité, elle pourrait être la grand- mère de la plupart de ses gaillards qui la dépassent d’un demi- mètre. Frêle silhouette aux cheveux d’argent, cardiaque à l’accent chantant de sa lointaine Andalousie ; elle les couve de ses maigres moyens et, surtout, de son affection sans frontières.

Sa demande : ‘Si vous avez du matériel scolaire pour les mineurs, est-ce que vos ne pourriez pas aussi en avoir pour les adultes du cours d’alphabétisation ?’ Derrière elle se tortillent les élèves de ce cours qu’elle a mis sur pied : une cinquantaine d’hommes penauds ou farouches, le regard envieux de la chance des benjamins. Pour certains, c’est la première fois de leur vie qu’ils découvrent la joie d’aller à l’école. Ils sont venus entraînés par un compagnon de cellule, par la curiosité et l’envie d’apprendre ou pour tâcher de passer un temps devenu infini.

Mentalement les comptes sont déjà faits : je sais que j’ai amené bien assez de bics, de crayons, de règles et de gommes que pour assurer la rentrée 2007 pour les mineurs. Alors pourquoi ne pas faire profiter au grand des excédents ? Bien sûr qu’ils en ont tout autant le droit ! Ici comme pour les plus jeunes, le matériel est confié à un responsable que l’on identifie : c’est lui qui aura la charge de collecter les bics en fin de cours et de les conserver sous clefs. Il devra faire l’inventaire et veiller à ce que rien ne sorte de la salle de cours improvisée. En effet, dans les quartiers, un bout de gomme, un bout de craie se transforment comme par magie en cigarette ou beignet. Ils veulent apprendre, ils aiment apprendre, mais ils ont faim. Que leur dire ? On ne peut pas les laisser dilapider le trésor que constituent ces modestes outils mais quel sens aurait de leur en vouloir si ils essaient ?

Grâce à ces dons, les cours vont être rendus possibles. Plus d’élèves seront admis et des gestes de solidarité naîtront entre eux. Sœur P. et moi, au fil des jours, nous abandonnons délicieusement à notre joie : d’abord vigilantes (la prudence s’impose avant de crier victoire pour un projet…) puis plus naturelles. On se surprend à avoir des attitudes d’écolières à notre tour : on se fait oublier dans un coin pour pouvoir les observer, les voir s’appliquer. Quelle satisfaction que de constater qu’ils organisent des tournantes de surveillance pour faire leurs devoirs ; les voir se pencher, oreilles bouchées, sur leur cahiers ; les entendre épeler leurs premières lettres… Au moment où je le relate, leurs voix résonnent dans ma tête. C’est bics, ces cahiers, c’est si peu pour nous et tellement pour eux. Et surtout si beau de redécouvrir leur sens au travers d’eux !

 

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